À Expo Béton 2026, l’expert en infrastructures et président du conseil d’administration de Matadi Corridor Terminaux à conteneurs (MCTC) a mis en avant le rôle stratégique des compétences nationales dans la création de nouvelles cités et la rénovation des villes anciennes. Au-delà des infrastructures, la transformation urbaine de la RDC pose la question de la valorisation des talents congolais et de leur participation aux décisions qui façonnent les villes de demain.
KINSHASA, 8 octobre 2026. Réinventer Kinshasa et rebâtir les villes congolaises ne consiste pas seulement à multiplier les routes, les bâtiments et les ouvrages publics. Le défi est également humain, technique et organisationnel. Il exige des professionnels capables de concevoir des espaces urbains cohérents, de maîtriser les contraintes foncières, d’anticiper les besoins des populations et d’accompagner durablement le développement des infrastructures.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’intervention de Monsieur Bodom Matungulu, expert en infrastructures et président du conseil d’administration de Matadi Corridor Terminaux à conteneurs (MCTC), lors de la deuxième journée de la 12ᵉ édition d’Expo Béton RDC.
Consacré au thème « Réinventer et rebâtir Kinshasa : quel rôle pour les géomètres-arpenteurs, urbanistes, architectes et ingénieurs dans la création de nouvelles cités et la rénovation des vieilles villes ? Au-delà des infrastructures, le défi du capital humain congolais », ce panel a posé une question fondamentale : comment assurer la transformation durable des villes sans donner aux compétences nationales les moyens de participer pleinement à leur conception et à leur construction ?
Le capital humain, premier chantier de la transformation urbaine

La construction d’une ville fonctionnelle repose sur la complémentarité de plusieurs métiers. Avant l’édification des bâtiments et la réalisation des routes, il faut connaître le terrain, maîtriser les données foncières, planifier l’occupation de l’espace et définir les infrastructures nécessaires à la vie collective, a souligné Bodom Matungulu.
Dans cette chaîne de compétences, les géomètres-arpenteurs contribuent à la connaissance et à la délimitation du territoire. Les urbanistes organisent l’espace et anticipent les besoins liés à l’expansion des villes. Les architectes conçoivent les bâtiments et les espaces de vie, tandis que les ingénieurs interviennent dans la conception technique, la réalisation et la durabilité des ouvrages.
La coordination de ces professionnels est essentielle pour éviter une urbanisation caractérisée par des constructions dispersées, une occupation désordonnée du sol et des infrastructures insuffisamment adaptées aux besoins des habitants.
La thématique du panel met ainsi en évidence une dimension souvent moins visible du développement urbain : la capacité du pays à former, mobiliser et responsabiliser ses propres experts. La question ne se limite pas à disposer de professionnels qualifiés, mais concerne également leur accès aux projets structurants, leur participation aux décisions et la possibilité de développer une expertise durablement ancrée dans les réalités congolaises.
La souveraineté technique, une responsabilité nationale

Pour Bodom Matungulu, la place des compétences congolaises dans les grands projets constitue un enjeu important de la transformation des villes. La souveraineté technique ne signifie pas le rejet des investissements ou des expertises étrangères. Elle suppose plutôt que les professionnels et les entreprises nationales participent effectivement à la conception, à l’exécution et au suivi des projets.
Cette approche conduit à s’interroger sur la place réservée aux bureaux d’études, aux architectes, aux ingénieurs, aux urbanistes et aux géomètres congolais dans les marchés d’infrastructures et d’immobilier.
Leur participation peut favoriser la transmission des connaissances, la création d’emplois qualifiés et le renforcement des capacités des entreprises locales. Elle peut également contribuer à une meilleure prise en compte des contraintes du terrain et des besoins propres aux villes congolaises.
Parmi les propositions rapportées dans l’article source figure l’instauration de quotas d’intégration des experts locaux dans les marchés publics. L’objectif serait de formaliser leur participation et de favoriser un transfert effectif de compétences.
Une telle orientation nécessite toutefois des mécanismes d’application et de contrôle clairement définis. Elle suppose aussi que les professionnels nationaux disposent des moyens de formation, de financement et d’accès aux marchés leur permettant de répondre aux exigences techniques des projets.
L’enjeu est donc de dépasser une participation symbolique pour parvenir à une véritable responsabilisation des compétences congolaises. Les grands chantiers doivent pouvoir contribuer non seulement à la construction des infrastructures, mais aussi à l’accumulation d’un savoir-faire national susceptible d’être réinvesti dans les projets futurs.
Créer de nouvelles cités sans reproduire les déséquilibres urbains

La création de nouvelles cités représente une occasion de repenser l’organisation de l’espace urbain. Elle ne peut cependant être envisagée indépendamment de la disponibilité des terrains, de l’accès aux services essentiels, de la répartition des activités économiques et de la connexion aux réseaux de transport.
À Kinshasa, la croissance démographique et l’extension des quartiers accentuent les besoins en logements, en équipements collectifs et en infrastructures. Sans planification rigoureuse, l’expansion urbaine risque d’éloigner davantage les zones d’habitation des lieux de travail et des services, tout en augmentant la pression sur les réseaux existants.
Le rôle des urbanistes, des géomètres-arpenteurs, des architectes et des ingénieurs devient dès lors déterminant. Leur travail doit permettre d’inscrire les nouveaux projets dans une vision cohérente du territoire, en tenant compte des besoins présents et de l’évolution future de la population.
La rénovation des villes anciennes appelle une démarche complémentaire. Il s’agit d’améliorer les infrastructures existantes, de réorganiser certains espaces et de renforcer l’accès aux services sans ignorer les réalités sociales et économiques des quartiers concernés.
Dans les deux cas, la qualité des études préalables et la coordination entre les disciplines techniques constituent des conditions importantes pour assurer la cohérence et la durabilité des aménagements.
Par Giscard Azenge / E-news.net