au cœur Au Coeur des Zones Economiques Spéciales en RDC
Dans un pays où l’industrialisation a longtemps été un slogan plus qu’une réalité, Auguy Bolanda Menga fait partie de ces technocrates qui travaillent loin du tumulte politique, mais au centre des réformes structurelles. Directeur général de l’Agence des Zones Économiques Spéciales (AZES), il incarne une génération de cadres congolais convaincus que le redressement économique passe par la méthode, la patience et la vision de long terme.

Un homme à la mission : industrialiser la RDC par le concret
« Les zones économiques spéciales ne sont pas un luxe pour la RDC, elles sont une nécessité stratégique. »
Depuis sa nomination à la tête de l’AZES, Auguy Bolanda Menga porte une mission lourde de symboles et d’attentes : faire des zones économiques spéciales (ZES) le socle de la transformation économique congolaise. Derrière cet acronyme technique se cache une ambition nationale : créer de la valeur ajoutée locale, réduire les importations, générer des emplois qualifiés et poser les bases d’une industrie compétitive.
À la différence des discours politiques souvent spectaculaires, Bolanda avance avec une approche technocratique, presque austère : structurer, encadrer, sécuriser et rendre opérationnelles des zones économiques capables d’attirer des investisseurs tout en servant l’intérêt national.

Un parcours forgé à Kinshasa, loin des privilèges

« Je ne viens pas d’un milieu privilégié. Tout ce que j’ai, je l’ai construit par l’école et le travail. »
Natif de Kinshasa, Auguy Bolanda Menga est le produit du système éducatif congolais. École primaire, secondaire, université : tout son parcours s’inscrit dans la capitale. À l’Université de Kinshasa, il choisit les sciences économiques, un choix qui, à l’époque, n’allait pas de soi dans une société où la médecine restait la voie royale de la réussite sociale.
Ce choix, fait contre les attentes familiales initiales, deviendra pourtant le socle de son engagement professionnel. Très tôt, Bolanda comprend que les véritables batailles du Congo se joueront sur le terrain économique et industriel.
Des débuts modestes à la Fédération des entreprises du Congo

« Dans un pays où le réseau compte souvent plus que le mérite, il faut parfois frapper à toutes les portes. »
Après ses études, l’insertion professionnelle n’est pas immédiate. Bolanda cherche un emploi en rapport avec sa formation, une tâche loin d’être simple, il envoie des CV partout jusqu’à ce que la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) accepte de l’engager au sein du département économique. Cette première expérience est déterminante : elle lui permet de comprendre le fonctionnement du secteur privé, ses attentes, mais aussi ses frustrations face à l’administration publique.
Du cabinet ministériel à la réforme structurelle
Cette immersion dans le monde des affaires lui donnera plus tard un avantage stratégique : parler le langage des investisseurs sans perdre de vue les impératifs de l’État.

Son passage dans un cabinet ministériel, comme conseiller économique, fiscal et financier, marque une autre étape clé. Il découvre de l’intérieur les rouages de l’État, les lenteurs administratives, mais aussi les marges de manœuvre possibles lorsque la volonté politique existe. C’est à cette période que se dessine le projet des zones économiques spéciales, soutenu par les partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale. En 2010, Auguy Bolanda est recruté comme coordonnateur du projet ZES, au terme d’un processus rigoureux.
Les ZES n’étaient pas un projet de prestige, mais un outil de réforme profonde

Les zones économiques spéciales : une rupture avec l’économie de rente.
La loi et les décrets encadrant les ZES marquent un tournant : il ne s’agit plus d’exporter uniquement des matières premières, mais de transformer localement, d’industrialiser et de structurer des chaînes de valeur.
Les ZES deviennent ainsi : des espaces sécurisés pour l’investissement,des pôles de création d’emplois,des laboratoires de la nouvelle gouvernance économique. La zone pilote de Maluku symbolise cette ambition. Malgré les lenteurs et les contraintes, certaines entreprises y ont déjà lancé leurs activités, preuve que le modèle peut fonctionner.
À la tête de l’AZES : entre vision et réalités du terrain

Nommé Directeur général de l’AZES, Auguy Bolanda Menga hérite d’une institution jeune, confrontée à des défis structurels majeurs : insuffisance de moyens financiers, déficit de compétences spécialisées, complexité des questions foncières, absence d’infrastructures publiques suffisantes. « Créer une ZES ne se résume pas à tracer des limites sur une carte. C’est un processus lourd, coûteux et exigeant. »
L’obligation légale de disposer d’au moins 250 hectares par zone se heurte à la réalité du foncier congolais, souvent morcelé, parfois spéculatif, rarement productif.
Un technocrate lucide

Depuis sa nomination, plusieurs sociétés ont commencé la production dans la Zone Economique Spéciale pilote de Maluku, et d’autres zones sont en chantier. Cependant, Bolanda reste conscient des nombreux défis à relever. Bolanda estime que ce travail est de longue haleine et ne produira pas ses effets immédiatement.
« Ce que nous construisons aujourd’hui ne produira pleinement ses effets que dans plusieurs années. Mais il fallait commencer. »
Cette lucidité fait de lui un dirigeant respecté dans les cercles techniques, même si son action reste encore peu connue du grand public.
L’homme derrière la fonction

À 56 ans, Auguy Bolanda Menga reste discret sur sa vie privée. Père de famille, amateur de lecture et de marche de santé comme centre d’intérêt, il cultive une certaine sobriété, à l’image de son style de management.
« Le développement ne se fait pas dans le bruit, mais dans la constance. »
Un bâtisseur de fondations
Dans une RDC en quête de transformation économique réelle, Auguy Bolanda Menga apparaît comme un bâtisseur de fondations, plus que comme un homme de projecteurs. Les zones économiques spéciales ne sont pas encore la révolution industrielle attendue, mais elles en constituent peut-être le socle.
Par Giscard Azenge / E-news.net
