Une image lors de la signature de l'Accord de paix RDC & Rwanda
À peine paraphé à Washington, l’accord de paix du 4 décembre entre la RDC et le Rwanda se retrouve au centre d’une vive controverse. Dans son discours sur l’état de la Nation, Félix Tshisekedi a accusé Kigali d’avoir violé l’engagement dès les premiers jours, poursuivant offensives militaires, exactions et pillages dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Alors que les violences continuent de s’intensifier, Kinshasa relance son combat diplomatique pour la reconnaissance internationale des génocides congolais, dénonçant un silence mondial devenu insoutenable.
L’accord de Washington du 4 décembre, censé ouvrir une brèche pour la paix dans l’Est de la RDC, pourrait bien devenir l’un des plus controversés de l’histoire récente du pays. Dans son adresse sur l’état de la Nation lundi dernier, le Président Félix Tshisekedi n’a pas mâché ses mots : pour lui, le Rwanda a violé le pacte dès sa signature. Il accuse Kigali de poursuivre simultanément ses opérations militaires, ses pillages systématiques et ses exactions contre les populations civiles dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Une dénonciation frontalement dirigée contre un partenaire censé, sur le papier, avoir accepté un « cessez-le-feu immédiat » et un retrait progressif des forces engagées.
Depuis février, rappellent les services de la Présidence, les exécutions sommaires, enlèvements, disparitions forcées et violences ciblées se sont multipliés à un rythme effrayant dans les zones sous occupation rwandaise et M23. Une réalité de terrain en totale contradiction avec l’esprit même de l’accord signé à Washington. Le sursaut attendu de la communauté internationale tarde également : la résolution 2773 du Conseil de sécurité exigeant le retrait des forces rwandaises reste sans mise en œuvre concrète. Face à cette inertie, Kinshasa redoute une aggravation dramatique de la crise sécuritaire.
C’est dans ce climat de tension, de méfiance et de désillusion que la RDC a réitéré, ce 9 décembre 2025, son appel à la reconnaissance internationale des génocides congolais. Profitant de la Journée internationale dédiée à la dignité et à la mémoire des victimes de génocides, la Présidence a rendu public un communiqué particulièrement ferme.
Kinshasa y accuse l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23 de mener des actions qui relèvent d’un « plan systématique d’extermination », citant la persistance des massacres, des déplacements forcés, des violences sexuelles massives et des disparitions ciblées. Autant de faits qui, selon les autorités congolaises, correspondent aux éléments constitutifs du crime de génocide tels que définis par le droit international.
« Pendant trop longtemps, ces crimes ont été ignorés, minimisés ou niés », déplore encore la Présidence, pointant du doigt un silence international qu’elle juge complice. Pour Kinshasa, il est urgent de briser cette omerta diplomatique afin que justice soit rendue et que les victimes ne demeurent plus reléguées à l’oubli. La RDC insiste : chaque Congolais, chaque communauté meurtrie, a droit à la vérité, à la dignité et à la réparation.

Ce 9 décembre possède une portée symbolique particulière. Il marque le dixième anniversaire de la Journée internationale de commémoration des victimes de génocide, instaurée par la résolution 69/323 de l’Assemblée générale de l’ONU. Une date qui résonne fortement dans un pays qui réclame depuis de longues années la requalification des crimes commis sur son sol.
Lors de son allocution à la dernière Assemblée générale des Nations unies, Félix Tshisekedi avait déjà lancé un appel vibrant, exhortant le monde à reconnaître l’ampleur des génocides congolais et avertissant que le déni global entretient la répétition des atrocités.
Aujourd’hui, alors qu’un accord de paix présenté comme « historique » semble vaciller dès ses premiers jours, la polémique s’amplifie. Kinshasa affirme ne plus se contenter de promesses : elle exige des actes, de la justice, et la fin d’une tragédie qui s’étend depuis plus de deux décennies.
Par Giscard Azenge/ E-news.net
