Un dernier adieu à un pilier. Le silence était lourd, presque sacré, quand le cercueil de BIEMBO MALUEKI Joseph, connu de tous sous le nom de “Djo Balards”, a été exposé à Kisantu. Pendant des heures, des foules venues de toutes les contrées du Kongo Central ont défilé pour saluer une dernière fois celui qui, durant plus de quatre décennies, a incarné la rigueur professionnelle, la loyauté syndicale et la dignité ouvrière au sein de la Société Nationale d’Électricité SNEL.SA et du Syndicat FIC.
D’un centre de formation à une vie d’engagement

Entré par la porte du travail manuel au Centre de formation SANGA, il ne s’est jamais imposé par la force mais par l’exemple. Maçon avant d’être gestionnaire, chef de poste avant d’être chef du personnel, il a gravé son passage dans la pierre humaine autant que dans le béton des infrastructures. « Djo n’était pas seulement un collègue, il était une école à lui tout seul. Il savait transmettre sans imposer, corriger sans humilier, et défendre sans se renier. »
Témoignage de Pierre Nzuzi, retraité SNEL.SA, ancien compagnon de SANGA
Sa progression ne fut pas une ascension éclair, mais une marche constante, patiente, obstinée. De SANGA il rejoindra ensuite le CVS Inkisi, puis Matadi, où il servira avec loyauté jusqu’à son départ à la retraite. Partout, il laissera la même empreinte : une parole juste, un regard franc, et cette manière de tenir debout même lorsque les circonstances pliaient les autres.
Le syndicalisme et son combat

Nommé Secrétaire provincial du Syndicat FIC, Biembo Malueki Joseph, Djo Balards entre dans une nouvelle dimension : celle de la défense des droits des travailleurs face aux réalités, parfois dures, de l’entreprise. Les délégués syndicaux des entreprises affiliées à la MIDEMA, au Sucrerie de Kwilu-Ngongo, de la REGIDESO ainsi que la SNEL.SA s’en souviennent avec respect : il parlait peu, mais quand il parlait, on écoutait. « Djo Balards n’a jamais négocié des privilèges. Il négociait la justice. « Il se laisser voir pendant les crises, mais aussi quand tout allait bien. Parce que sa porte n’a jamais eu de serrure pour les travailleurs. »
À travers les années, sa voix portait loin. Elle portait surtout juste. Lors des négociations, il soutenait sans fléchir ; lors des conflits, il rappelait la mesure ; lors des victoires, il se taisait, laissant le mérite aux collectifs.
Un départ qui bouleverse la famille syndicale
Le Secrétaire général du Syndicat FIC, M. KAYA KINZONZI Samuel, accompagné du Secrétaire général adjoint, S.G.A et le SAD, de nombreux militants, ont conduit la délégation venue saluer une dernière fois l’homme qui fut leur camarade, leur repère, leur mémoire vivante dans la province du Kongo central. « Le syndicat ne perd pas qu’un dirigeant, il perd une boussole. Mais ce sont les travailleurs qui perdent un père. Djo Balards restera la référence morale de la FIC. »
SG KAYA KINZONZI Samuel, lors de la levée du corps
Les larmes, la dignité et le souvenir

À Kisantu, la salle était comble, débordante même. Les pleurs ne cachaient pas la fierté ; la douleur n’effaçait pas la reconnaissance. Les retraités SNEL.SA, ses anciens élèves, les jeunes délégués, les anonymes, tous se souvenaient d’un homme qui demandait peu mais donnait beaucoup. « Djo m’a appris que défendre les travailleurs, ce n’est pas crier plus fort que les autres, c’est ne jamais se taire quand c’est nécessaire. » Témoignage d’un délégué du Syndicat FIC, agent actif, SNEL.S.A au CVS Mvuzi à Matadi.
La dernière route vers ses origines
À l’âge de 71 ans, Djo Balards s’en est allé rejoindre ses ancêtres. Après les hommages publics à Kisantu, sa dépouille a été rapatriée vers son village natal, à Sanga, dans le territoire de Madimba, pour une inhumation dans l’intimité familiale, comme le voulait la tradition.
Il laisse derrière lui des enfants, des petits-enfants, et une famille syndicale encore sous le choc.
Un héritage qui ne s’effacera pas

On dit parfois que les hommes disparaissent quand leurs traces s’effacent.
Mais les traces de Djo Balards sont multiples :
dans les archives du syndicat, dans les couloirs de la SNEL.SA,
dans les mémoires des anciens, dans l’exemple offert aux nouveaux.
« Tant qu’il y aura un agent qui connaît ses droits, Djo ne sera pas mort. »
Hommage collectif des délégations syndicales
Adieu ya José.
Adieu Djo Balards.
Tu n’es pas parti, tu as juste changé de poste.
Par Giscard Azenge/ E-news.net
