Premier producteur d’étain en République démocratique du Congo, Alphamin Resources ajuste à la baisse ses objectifs de production pour 2025, pénalisée par la dégradation sécuritaire dans l’Est du pays. Cette contre-performance intervient paradoxalement au moment où l’étain, métal critique des chaînes de valeur mondiales, entre dans un cycle haussier durable, plaçant la RDC au cœur d’un enjeu économique et géopolitique majeur.
Alphamin Resources, opérateur de référence du secteur de l’étain en République démocratique du Congo, a revu ses prévisions de production pour l’année 2025 à la suite de la suspension temporaire de ses activités dans l’Est du pays, conséquence directe de la détérioration du climat sécuritaire. L’entreprise, qui exploite la mine de Bisie, l’un des gisements d’étain les plus riches au monde, évolue désormais dans un environnement où les risques opérationnels locaux contrastent fortement avec une conjoncture internationale particulièrement favorable.
Selon la dernière édition du Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale, les prix de l’étain devraient progresser de près de 10 % en 2025, avant d’enregistrer des hausses supplémentaires de 3 % en 2026 et de 2 % en 2027. Cette dynamique haussière s’explique par des tensions persistantes sur l’offre mondiale, liées à des défaillances opérationnelles dans plusieurs pays producteurs, malgré une reprise attendue de certaines capacités en Indonésie et en Birmanie. La Banque mondiale estime ainsi que le marché de l’étain restera « structurellement tendu », en raison d’un pipeline limité de nouveaux projets et d’une forte exposition aux risques géopolitiques.
Cette rareté relative confère à l’étain un statut de métal stratégique dans l’économie mondiale. Essentiel aux soudures électroniques, aux semi-conducteurs, aux panneaux solaires et à de nombreuses technologies liées à la transition énergétique et à la digitalisation, l’étain bénéficie d’une demande structurellement croissante. Dans ce contexte, les prix devraient atteindre environ 34 000 dollars la tonne en 2026 et 34 500 dollars en 2027, soit des révisions haussières significatives par rapport aux prévisions antérieures. Alphamin a déjà profité de cette tendance, enregistrant au troisième trimestre 2025 un prix moyen de vente de 33 877 dollars la tonne.
Sur le plan opérationnel, la RDC s’est imposée ces dernières années comme un acteur incontournable du marché africain de l’étain, grâce à l’expansion rapide de la mine de Bisie. En 2024, ce site représentait près de 6 % de la production mondiale de concentré d’étain, contre 4 % un an plus tôt. La mise en service, à la mi-2024, d’une seconde usine liée au gisement Mpama South a porté la capacité nominale annuelle à 20 000 tonnes. Toutefois, l’intensification des violences armées dans le Nord-Kivu a contraint l’entreprise à suspendre ses opérations pendant plusieurs semaines en mars 2025, réduisant sa capacité à exploiter pleinement ce potentiel. Alphamin table désormais sur une production maximale de 18 500 tonnes pour l’année en cours.
Au-delà des contraintes sécuritaires affectant les opérateurs industriels, la gouvernance du secteur de l’étain en RDC reste fragilisée par l’ampleur de l’exploitation artisanale et des circuits de contrebande. En 2024, les exportations officielles d’étain d’origine artisanale ont atteint près de 15 900 tonnes, dont plus de 3 000 tonnes issues des provinces du Nord et du Sud-Kivu. Une part significative de cette production échappe toutefois aux circuits formels, privant l’État de recettes substantielles. Un rapport de Global Witness estimait ainsi que 90 % des minerais 3T exportés par le Rwanda provenaient de contrebande en provenance de la RDC, illustrant l’ampleur des fuites de valeur.
Dans un contexte mondial marqué par la fragmentation des chaînes d’approvisionnement, la transition énergétique et la montée en puissance des politiques industrielles autour des minerais critiques, la RDC se trouve à un moment charnière. Sa capacité à sécuriser les zones minières, à renforcer la régulation du secteur artisanal, à lutter efficacement contre la contrebande et à stabiliser l’environnement des affaires déterminera dans quelle mesure elle pourra capter la rente stratégique associée à l’un des métaux les plus convoités du XXIᵉ siècle.
