À l’issue du forum sur le partenariat Union européenne–RDC, une question centrale s’impose : la République démocratique du Congo est-elle en mesure de tirer pleinement profit de l’initiative européenne Global Gateway ? Pour le sénateur Jean Bamanisa Saidi, la réponse dépend moins des promesses d’investissements que de la capacité du pays à réformer en profondeur son organisation administrative, condition indispensable à la réussite de projets structurants tels que le corridor vert et le corridor de Lobito.
La République démocratique du Congo dispose d’atouts majeurs pour s’inscrire dans les grands projets d’investissements européens portés par l’initiative Global Gateway : notamment sa position géostratégique, ses ressources naturelles stratégiques pour la transition énergétique, le potentiel environnemental exceptionnel et le rôle central dans les chaînes de valeur régionales. Comme l’a souligné le sénateur Jean Bamanisa Saidi lors de sa participation au forum Union Européenne – RDC consacré au renforcement du partenariat stratégique entre Kinshasa et Bruxelles, ces atouts ne suffiront pas si l’État congolais ne se montre pas structurellement prêt à les valoriser.
Le parlementaire plaide ainsi pour la conclusion d’un contrat stratégique avec l’Union européenne autour de la gestion du corridor vert, un projet appelé à jouer un rôle clé dans la transition énergétique, la connectivité régionale et le développement durable. Mais il met en garde : sans une réforme profonde de la gouvernance interne, ces méga-projets risquent de ne produire que des résultats limités, voire contre-productifs.

« Il y a un gros problème que nous constatons, c’est le manque d’organisation de notre administration », a déclaré Jean Bamanisa Saidi, insistant sur le caractère systémique de cette faiblesse. Selon lui, le déficit de structuration touche l’ensemble des niveaux de gouvernance, depuis les chefferies et secteurs jusqu’aux communes, villes, provinces et à l’administration centrale.
La situation est encore plus complexe en matière de fiscalité et de parafiscalité, où l’autonomie des entités territoriales décentralisées (ETD) se traduit souvent par une multiplication de taxes non harmonisées, une faible lisibilité des règles et une insécurité administrative pour les investisseurs. Cette désorganisation limite la capacité des ETD à jouer pleinement leur rôle de gestionnaires de la chose publique, à planifier le développement local et à assurer une exécution efficace des politiques publiques.
Or, des projets structurants comme le corridor de Lobito, axe logistique stratégique reliant l’Atlantique aux zones minières de la RDC et de l’Afrique australe, exigent une administration territoriale forte, capable de sécuriser le foncier, d’encadrer la fiscalité locale, de gérer les retombées économiques et de garantir la transparence dans l’utilisation des ressources.

C’est dans cette perspective que le sénateur Jean Bamanisa Saidi propose, à travers Global Gateway, un contrat portant notamment sur la gestion du corridor vert, déjà en phase de mise en œuvre, afin que les revenus issus de la préservation environnementale et de la valorisation des écosystèmes puissent financer le renforcement des capacités administratives locales.
Il suggère également de mobiliser l’expertise de partenaires européens ou africains disposant d’une expérience avérée en administration publique, afin d’appuyer concrètement la coopération décentralisée évoquée depuis plus de vingt-cinq ans mais encore peu effective. Pour l’honorable sénateur, l’intervention européenne doit désormais dépasser la seule construction d’infrastructures pour investir dans la consolidation des institutions locales, ces « mini-États » que sont les ETD, qui composent l’architecture administrative de la République démocratique du Congo.
En définitive, Global Gateway apparaît comme une opportunité stratégique majeure pour la RDC, mais son succès dépendra de la capacité du pays à corriger son talon d’Achille administratif. À défaut d’une réforme ambitieuse de l’administration publique et d’une gouvernance territoriale efficace, le corridor de Lobito comme le corridor vert risquent de révéler, une fois encore, les limites structurelles de l’État congolais face aux grandes ambitions internationales.
Par Giscard Azenge/ E-news.net
